L’observatoire des politiques économiques en Europe

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Editorial - L’alignement des planètes

N° 36 -

Michel Dévoluy



L’euroscepticisme ambiant semble reculer. Les citoyens portent des regards plus positifs sur les bénéfices d’être européen. Les responsables assument plus clairement leur confiance dans l’Europe et s’engagent à traiter sur le fond de l’avenir de l’Union. Cette évolution des esprits et des visées ne doit rien au hasard. L’Europe, et particulièrement la zone euro, bénéficient actuellement d’une constellation favorable pour avancer vers plus d’intégration. Les perspectives économiques sont plutôt encourageantes ; les grands défis actuels du terrorisme et du réchauffement climatique apparaissent d’emblée comme des questions transnationales ; la géopolitique mondiale est bousculée et appelle des réactions dépassant la logique des frontières nationales.

L’économie de la zone euro d’abord. Elle sort de la tourmente déclenchée en 2008 par la crise des subprimes. Certes, la Grèce demeure écrasée par sa dette et les banques italiennes détiennent des créances douteuses. Mais la menace du Grexit s’éloigne et la surveillance multilatérale de l’Union bancaire réduit les inquiétudes. Après un pic de 12 % en 2013, le chômage s’approche des 9 %. Les prévisions de croissance sont revues à la hausse et pourraient dépasser en 2017, comme en 2016, celle des Etats-Unis (1,7 % contre 1,6 %). L’inflation, toujours très faible et révélatrice de l’atonie économique, se redresse lentement, alors qu’elle était encore à 0 % en 2015. Deux indices ne trompent pas : le culte de l’austérité budgétaire est mis en retrait et la politique des crédits aisés portée par la BCE n’est plus contestée. D’ailleurs, la Commission européenne, la BCE et le FMI confirment tous ces signes d’optimisme.

Les grands défis ensuite. La lutte contre le terrorisme appelle une solidarité européenne. Les polices, les renseignements et les systèmes judiciaires doivent impérativement plus et mieux coopérer. Cela paraît acquis. Le désengagement du président américain sur le climat donne une responsabilité supplémentaire à l’Europe. Elle doit montrer l’exemple et prouver que rien n’est possible sans une coopération résolue entre les grandes régions du monde.

La géopolitique enfin. Monsieur Trump pousse l’Europe à s’affirmer dans trois domaines. Une défense européenne doit de plus en plus se substituer au parapluie de l’OTAN. L’isolationnisme politique américain pousse les Européens à prendre seuls en charge leurs intérêts vitaux à travers le monde. Le protectionnisme économique croissant des Etats-Unis appelle une réponse résolument unifiée de l’UE. Ajoutons que le Brexit tend à démontrer l’aspect aventureux de vouloir se retrouver seul dans la géopolitique mondiale après avoir appartenu à un ensemble reconnu et respecté.

En outre, deux derniers évènements politiques majeurs viennent surligner cet alignement des planètes en faveur d’une Europe plus intégrée. En effet, le choix d’un président français résolument pro-européen et des élections au Royaume-Uni relativisant les bienfaits du Brexit participent à rehausser le projet européen.

Le contexte est donc propice et les esprits mûrissent. Il appartient désormais aux citoyens européens, au Parlement européen et aux responsables politiques nationaux d’assumer une marche résolue vers une intégration politique pour la zone euro. La conduite à suivre est connue : un budget financé par l’impôt, une harmonisation fiscale et sociale, une défense commune et des grands projets fédérateurs. N’ayons pas peur de franchir le pas, l’histoire nous regarde. Et les générations futures attendent un avenir plus sûr et apaisé.