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Bulletin de l'OPEE 21 (Hiver 2009) : Télécharger le bulletin Article de Corinne Sachs Durand : Droit social , Europe et mondialisation Article de Damien Broussolle : Ouvrir les jeux d'argent à la concurrence ? Article de René Kahn : La place des territoires dans la nouvelle stratégie européenne Article de Michel Dévoluy : La crise : Keynes oui, mais tout Keynes ----------------------------------------------------------------------------------------------
Éditorial de Michel Dévoluy
Deux inconnus à la tête de l’Europe, ce titre a fait les premières pages
des journaux internationaux. Le constat, qui semble brutal, ne s’applique en
rien aux personnes concernées. En réalité, ces nominations révèlent à la fois
la faiblesse politique de l’Europe et les ambitions autocentrées des hauts
responsables politiques nationaux. Catherine Ashton, choisie pour le poste de Haut-représentant pour les
affaires étrangères et la politique de sécurité et Herman Van Rompuy qui préside désormais le
Conseil européen sont des personnalités honorables et de valeur. L’important
n’est pas de disserter sur leurs potentialités. Ils feront sans doute leurs
preuves dans le cadre de leurs missions. Ils pourront même nous surprendre en
allant au-delà de ce qu’on attend d’eux. Mais l’essentiel reste dans la
signification profonde des textes et dans le l’attitude des membres du Conseil
européen. Le Traité de Lisbonne introduit une innovation présentée comme majeure.
L’Europe va enfin avoir un « Président » et un «Ministre des affaires
étrangères ». Dans le récit de l’intégration européenne, ces deux postes,
mais surtout celui de Président, marquent un saut qualitatif. L’Europe
s’incarne désormais dans une personne. Cette avancée est d’autant plus
importante que la construction de l’identité européenne passe par la lisibilité
de son Président. Mais il faut y regarder de plus près. Ce tout nouveau Président est élu
dans une pure démarche intergouvernementale. Seuls les membres du Conseil
européen, c'est-à-dire aujourd’hui les 27 chefs d’Etats et de gouvernements,
choisissent le Président. Aucune autre instance n’a son mot à dire. Ce mode de
désignation surligne la prééminence des chefs d’Etat et de gouvernement. Il
contribue à construire une distance entre le Président et les citoyens de
l’Europe. Par conséquent, le choix du Président n’est pas vraiment leur
affaire. C’est bien plutôt la manifestation des rapports de force entre les
Etats et leurs représentants. Les textes dessinent un Président faible. Soit. Cependant, ils
n’interdisent pas aux membres du Conseil européen d’envoyer à travers cette
nomination, aux Européens et au monde, des signaux forts concernant leur
volonté d’octroyer un réel pouvoir additionnel à l’Europe. Hélas, on assiste à
des stratégies inverses. L’Europe ne doit pas faire de l’ombre. Elle sert
plutôt de faire-valoir aux ambitions personnelles. La priorité des hauts
responsables nationaux reste de garder la
main sur les affaires européennes. L’élection du Président du Conseil
européen (et accessoirement du Haut représentant aux affaires étrangères)
devient un moyen supplémentaire de marquer son territoire, de s’imposer et de
cultiver son image politique. On peut aisément objecter qu’un président du Conseil européen, même
faible, c’est beaucoup mieux qu’aucun. Et que, l’Europe n’étant pas mûre pour
une intégration politique, le traité de Lisbonne est allé, sur ce point, le
plus loin possible. Soit. Mais les Européens peuvent se lasser d’une Europe à
minima qui n’a pas d’ambition politique. Ils peuvent s’irriter de l’écart entre
les discours prônant toujours plus d’Europe et la réalité. Nous n’avons pas un
Président pour l’Europe mais seulement un président que les chefs d’Etats et de
gouvernements ont choisi pour asseoir leur prééminence dans l’architecture
institutionnelle de l’Union. Malgré ce départ médiocre, espérons que le Conseil européen aura la
clairvoyance et la sagesse de mettre en retrait les intérêts partisans de court
terme afin de valoriser cette nouvelle fonction. C’est ce qu’attendent beaucoup
de citoyens européens. Nous avons souhaité, depuis le numéro précédent, que notre Bulletin de l’Opee s’ouvre au-delà
de l’économie. C’est donc avec beaucoup de plaisir que nous proposons à nos
lecteurs les articles de deux collègues de l’Université de Strasbourg :
une juriste, le Professeur Corinne Sachs Durand, spécialiste de droit social
européen, et un théologien protestant, le Professeur Frédéric Rognon, qui nous
interpelle, à l’heure de Copenhague, sur la croissance durable. . L |
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L. Gagnol et T. Stollé |