L’observatoire des politiques économiques en Europe

Éditorial - Les vingt ans de l’OPEE et de son bulletin

N° 40 - Eté 2019

Michel Dévoluy



Ce bulletin est né avec l’euro, il y a 20 ans, en 1999. Tout un symbole, tant l’avènement de la monnaie unique constitue un acte fondateur pour plus de 300 millions d’Européens. Publié semestriellement, voici arrivée sa 40ième livraison. Ce numéro est l’occasion de marquer cette date. D’autant que l’année des 20 ans de l’euro coïncide avec les 40 ans de l’élection du Parlement européen au suffrage universel et les 30 ans de la chute du mur de Berlin. Deux événements eux aussi hautement emblématiques pour la construction européenne.

Ce Bulletin est le Bulletin de l’Observatoire des politiques économiques en Europe (OPEE). Les deux furent créés ensemble par des universitaires strasbourgeois. Ils sont indissociables. Appartenir à l’OPEE implique de publier régulièrement dans le Bulletin. En parfaite résonance avec cette logique, le contenu du Bulletin a toujours été discuté et préparé dans le cadre de l’Observatoire. Et cela continue, naturellement. Mais ce n’est pas tout. Par son fonctionnement l’OPEE a constitué le creuset de discussions fructueuses et d’échanges animés. Les chers collègues devenaient ici des complices et des amis. En plus du Bulletin, l’OPEE a publié plusieurs ouvrages sur l’Europe. Enfin, nous avons également organisé des tables rondes et des conférences, souvent en collaboration avec d’autres, et notamment des associations étudiantes.

Ne le cachons pas, et je parle ici au nom de tous mes collègues de l’OPEE, nous tirons une grande satisfaction d’avoir participé à cette aventure collective. En effet, voilà 20 ans, des économistes des Universités Louis Pasteur et Robert Schuman de Strasbourg décidèrent de prendre la parole en s’adressant à un public plus large que leurs étudiants et leurs collègues (depuis 2009, les universités strasbourgeoises ont fusionné dans l’UDS). L’enjeu, je continue ici à paraphraser l’éditorial du 1er numéro du Bulletin, était de contribuer à remplir l’espace entre l’Université et la Société. Le sujet choisi était d’autant plus stimulant qu’il nous concernait tous : comprendre et éclairer l’Europe en mouvement. L’objectif affiché était de couvrir à la fois les politiques conjoncturelles et structurelles et de ne pas éluder toutes les questions politiques et sociales. En moyenne, le noyau dur de l’OPEE a oscillé autour d’une dizaine d’enseignants-chercheurs. Naturellement, la composition de l’équipe a changé en 20 ans. Aujourd’hui, une relève est là afin de prendre, fort logiquement, le relais. La présence de ces plus jeunes collègues rassure et démontre qu’ils sont prêts à poursuivre et revivifier notre dessein initial. Je souhaite ici exprimer toute ma gratitude à Meixing Dai qui pilote dorénavant ce Bulletin avec le sérieux et la compétence que tout le monde lui reconnaît.

Le lancement de l’OPEE et du Bulletin au moment de la mise en place de la monnaie unique fut bien sûr particulièrement motivant. Avec cette étape décisive, les États membres de la zone euro s’engageaient clairement dans un processus d’interdépendance courageux, visionnaire et totalement inédit. Suivre et commenter cette voie audacieuse, porteuse d’un choix, plus ou moins explicite, vers une forme d’intégration politique, a jalonné la vie du Bulletin. Les analyses sur la zone euro nous ont d’autant plus passionnés que certains d’entre nous espérions, qu’enfin, l’Europe franchisse le pas vers une véritable intégration politique. Sans doute avons nous sous-estimé l’attraction pour la prééminence de États-nations. Très concrètement, beaucoup d’articles parus pendant ces 20 années ont souligné qu’il n’était pas sage, sur le long terme, de croire que la zone euro pourrait se transformer en une zone monétaire optimale digne de ce nom en se contentant d’imposer un système de règles aux économies des États membres. Il fallait plus. Mais sur le fond, peu de choses ont avancé depuis. Le manque de détermination des États membres, et leurs égoïsmes, ont été récurrents. Même la violente crise qui toucha l’Europe à partir de 2008 n’a pas entraîné de vrais changements en la matière.

Nombreux furent également les articles du Bulletin qui analysèrent, surtout à l’occasion du grand élargissement de 2004, les tensions entre l’approfondissement et les élargissements. L’impérieuse nécessité d’une Europe à plusieurs vitesses fut souvent évoquée. Mais, là encore, l’intergouvernementalisme a continué de prévaloir.

Doit-on alors s’étonner des désenchantements de beaucoup d’Européens devant l’incapacité des États membres à assumer des choix fondamentaux pour l’avenir ? Note d’optimisme cependant : l’augmentation très significative, en mai 2019, du taux de participation des Européens au choix de leurs parlementaires. Ces résultats montrent que l’UE, même si elle semble éloignée, interpelle les citoyens. Comment en effet ne pas percevoir que notre futur individuel et collectif sera intimement lié au devenir de la construction européenne ?

Toutefois, pas de méprise, ce Bulletin est resté attentif à toutes les opinions, mais en excluant les extrêmes. D’ailleurs, des contributions « moins enthousiastes » pour l’avènement d’une Europe politique furent publiées sans aucune hésitation. Mais surtout, tous les articles, c’était le but, ont apporté des explications et des points de vue très argumentés sur les tenants et les aboutissants des diverses politiques économiques et sociales initiées ou pilotées par l’Europe.

Notre Bulletin s’est également ouvert à d’autres disciplines. Juristes, théologiens, politistes et historiens nous firent l’amitié d’apporter leurs lumières sur l’Europe.

Jusqu’à ce jour, 84 personnes ont participé au Bulletin et 324 articles ont été écrits. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Qu’il nous soit permis ici de remercier très chaleureusement toutes celles et ceux qui ont bien voulu être les acteurs de cette réussite. Les membres de l’OPEE ont toujours eu grand plaisir à voir s’élargir le cercle des contributeurs, d’où qu’ils viennent.

Alors que ce Bulletin fut au départ exclusivement en version papier, nous sommes assez vite passés, en parallèle, à une diffusion électronique. Désormais, cette dernière domine. Mais la version papier reste disponible dans les bibliothèques d’économie. Au regard de la fréquentation de notre site internet, ce Bulletin rencontre un nombre très encourageant de lecteurs. Un grand merci à eux de nous suivre et de s’intéresser à nos analyses et nos opinions sur la construction européenne.

Le lecteur constatera aisément combien la teneur des articles du présent numéro illustre la tonalité et les objectifs du Bulletin de l’OPEE. En effet, cette 40ième livraison débute par deux présentations de la perception de l’UE par les citoyens européens. D’abord une évolution de l’image de l’UE auprès de l’opinion publique, puis une analyse des causes et des implications du Brexit. Vient alors un article sur le bilan global de deux dernières décennies de l’UE. La résistance de l’UE face à la grande crise enclenchée dès 2008 est ensuite analysée à travers deux papiers. Le premier étudie la réforme bancaire, le second la politique macro-prudentielle. Deux articles, enfin, se concentrent sur les finances publiques. L’un interroge ce que pourrait être l’instrument budgétaire optimal pour la zone euro, l’autre porte sur le contenu d’une Union budgétaire pour l’Europe. Mais ce n’est pas tout. Faute de place, le numéro 41 va poursuivre sur cette lancée. Quatre thèmes sont d’ores et déjà programmés : la difficile question de la convergence qui touche à la fois l’économie et le social ; le besoin de politique industrielle au niveau de l’UE ; la question des relations entre l’UE et l’extérieur ; et, pour finir, l’emblématique problème de la politique régionale européenne. Au total, deux numéros, les 40 et 41, marquent notre 20ième anniversaire. La 3ième décennie du Bulletin de l’OPEE est donc déjà bien engagée.