L’observatoire des politiques économiques en Europe

Éditorial

N° 5 - Hiver 2001

Michel Dévoluy



L’Euro, celui des billets et des pièces, est vraiment là. Nous voici enfin arrivés au terme d’une construction monétaire majeure et totalement inédite. L’histoire a été longue. Le chemin vers une monnaie unique fut ouvert il y a trois décennies, par un accord à Bruxelles entre les « six » s’appuyant sur les fameux plans Barre et Werner. C’était en février 1971.

Il y eut depuis des coups d’arrêt et de nouvelles relances, et beaucoup n’ont pas cru à cette grande entreprise européenne. Finalement, c’est la volonté politique qui l’emporta. Nous savons tous que l’enjeu est immense puisque l’Euro doit être un vecteur de paix et de solidarité en Europe et un facteur d’influence dans le monde. En ce sens, la présence physique de l’Euro est à la fois un aboutissement et un commencement.

L’Euro est né le 1er janvier 1999. Et le passage à la monnaie fiduciaire, au 1er janvier 2002, ne devait être qu’un problème matériel et technique. En réalité, cette dernière étape pose des questions spécifiques qui vont au delà des considérations logistiques. En plus, la présence fiduciaire de l’Euro repose avec une acuité renforcée des thèmes récurrents sur la politique monétaire de la BCE. L’objet de ce nouveau Bulletin de l’OPEE est de se pencher sur ces divers aspects. Par ailleurs, et comme dans chaque numéro, nous abordons les GOPE, les LDE et les faits marquants.

Désormais, l’euro remplit totalement les trois fameuses fonctions d’une monnaie : unité de compte, instrument d’échange et réserve de valeur. Ce big bang monétaire implique des coûts d’ajustement et des risques (Gilbert Koenig). Les expériences passées de changements d’unités monétaires, même si elles sont très peu nombreuses, éclairent ce que nous sommes en train de vivre (Gérard Lang). Naturellement, on s’inquiète des possibles tensions inflationnistes liées au passage à l’Euro (Laurent Gagnol).

L’adoption effective de l’Euro n’est pas sans conséquence sur l’élargissement à l’Est (Eric Rugraff). La présence d’un Euro fiduciaire dans le monde accentue la question de la représentation internationale de la zone euro (Michel Dévoluy) et de la lisibilité de la politique de la BCE face à la Fed (Francesco De Palma et Giuseppe Diana).

Il est encore difficile d’apprécier l’impact de l’Euro dans la constitution d’une identité européenne. Nous pensons qu’il constitue un levier aux capacités considérables. Mais il lui faut un solide point d’appui. En terme économique, cela signifie la mise en place d’une vraie coordination des politiques économiques en Europe. Son architecture n’est pas encore satisfaisante. Ce serait une faute que de ne pas traiter cette question. L’avenir de l’Euro et de l’Europe en dépend.